60 artistes à l’expo Jeune Création 2016

L’exposition Jeune Création a ouvert ses portes ce weekend à la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin. Vous avez jusqu’au 24 janvier pour découvrir les projets de ces 60 jeunes artistes autour desquels on déambule librement, s’immergeant dans leur effervescence créatrice.

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Grâce à un éclat d’or

L’aventure commence un pluvieux après-midi de novembre, dans une salle des ventes de province. Parmi les tristes lambeaux de plusieurs successions, on propose à la vente un lot de quatre gravures anglaises présentées dans des cadres ternis, d’un sinistre marron foncé. Les verres sont si sales qu’on ne voit même pas le sujet des gravures.

J’aurais laissé passer sans y prêter attention ces pièces encadrées vendues sans référence, si le commissionnaire qui les apportait n’avait pas été maladroit. Soudain, il heurte l’un des cadres et le raye. Mon regard est alors attiré par un reflet brillant, qui miroite sous les néons. Il ne m’en faut pas plus. Seule une dorure à la feuille d’or fin de grande qualité peut produire un tel éclat. Je sais que sous la couche de poussière accumulée par des années passées au fond d’un grenier se cache peut-être une merveille. Je ne suis pas seule à avoir remarqué l’éclat de l’or caché sous la crasse et je bataille ferme pour remporter les enchères.

feuille d'or

Finalement, je quitte la salle des ventes ravie et excitée, ployant sous le poids de mes acquisitions.

Maintenant, c’est l’épreuve de vérité : je me rends à l’atelier des restauration de notre galerie pour connaître le verdict.

–      Alors, que m’apportez-vous aujourd’hui ?

Le regard de notre restaurateur est dubitatif. Il n’arrive pas, visiblement, à dépasser la poussière et la saleté de ces gravures.

Armée d’une tenaille et d’un stylet, il retire les clous, mets à nu la vitre et la nettoie,  retire le papier  brulé par le temps qu’on avait mis au dos des encadrements.

–      Et bien, il semblerait que vous ne vous soyez pas trompée, admet-il du bout des lèvres.

gravure XVIIIème anglaise gadding moralist

Quatre subtils et délicats exemples du travail de John Raphaël Smith, le maître anglais incontesté de la manière noire au XVIIIème siècle viennent d’apparaître à nos yeux. Ce sont, fait encore plus rare, des tirages couleurs, réalisés à partir d’une seule planche de cuivre pour toutes les zones de couleur. La matière colorée est délicatement réalisée teinte par teinte par le graveur, comme s’il peignait un tableau. Nous nous trouvons en face du luxe absolu dans le domaine de la gravure, la manière noire en couleur. Ce n’est pas étonnant que l’on ne puisse pas faire plus de trente tirages par plaque !

Après un moment de recueillement passé à caresser le papier et à imaginer les membres de la gentry qui ont comme moi admiré ces œuvres, je repense à l’éclat d’or et demande au restaurateur d’inspecter les cadres.

Au premier abord, il paraît impossible de penser que ce sont là des pièces dignes des œuvres de J.R.Smith. Certes, le travail de stuc est très délicat, mais que la couche marronnasse qui les recouvre est terne et sombre !

–      Encore de beaux encadrements abîmés irrémediablement par la bronzine[1], grommelle le restaurateur. Nous allons vite être fixés.

Délicatement, il pose sur une petite surface du cadre un tampon de fine ouate imbibée d’un solvant doux. Je traverse un instant d’exquise angoisse et d’appréhension.

gravures anglaise XVIIIème JR Smith

Le coton s’imprègne lentement de brun sale. Je retiens ma respiration pendant que le restaurateur le soulève : une superbe et riche couleur dorée apparait maintenant à l’endroit nettoyé. Mis à part les inévitables manques dans les angles et les bords extérieurs, la dorure est intacte !

–      C’est de plus en plus rare, de trouver des œuvres qui sont restée dans l’état où elles étaient lors de leur réalisation, commente le restaurateur. Laissez-les ici, et reprenez-les dans un mois, le temps de terminer la restauration.

Il se permet de sourire.

– Et aussi le temps d’en profiter un peu avant de vous les rendre !

[1] bronzine: vernis doré utilisé au XIXème siècle pour raviver la dorure à la feuille d’or.  Pratiquement irreversible, il prend avec le temps une teinte marron noirâtre sinistre. Seul un décapant très fort peut en venir à bout, mais l’opération détruit la délicate dorure masquée par la bronzine.

Oeuvre d’art de la semaine: Cantique des Cantiques de Salvador Dali

Eau forte Dali Cantique des cantiques

Pointe sèche par Jacques David; coloris au pochoir et encre bronze doré par Jacomet. Planche du Cantique des Cantiques.
Surréalisme

Pourquoi l’aimer?

Dali s’est inspiré d’un ensemble de poèmes issus de l’Ancien Testament: le Cantique des Cantiques du roi Salomon. Il en tire 12 gravures réalisées pour les Editions Amiel en 1971.

Cette gravure représente le verset 9 du 1er chant: « Je te compare, mon amour, à la plus belle des juments de Pharaon ».

Une grande finesse de traits doublée d’une légèreté des couleurs. L’aspect solaire de l’amour entre l’homme et la femme est rendu par les aplats d’aquarelle jaune citron.

L’encre dorée suit les lignes qui rythment la composition.

Oeuvre d’art de la semaine: Carte de vœux 1973 de Yasukazu Tabuchi

carte de voeux art tabuchi

Une structure noire habillée de couleur gris argent se dresse vers l’inscription de L’artiste souhaitant une bonne année.

Carte de vœux. Art moderne.

Pourquoi l’aimer?

L’artiste utilise une de ses créations comme support des vœux qu’il envoie pour l’année 1973.

Cette œuvre frappe par le contraste entre la spontanéité des coups de pinceaux et  sa composition très réfléchie et construite.

L’harmonie des couleurs est splendide entre encre de Chine, argent de la peinture et rouge de l’inscription.

Ambiance: Shoes art

La fascination exercée par les chaussures vous prend dès l’enfance entre les Souliers rouges d’Andersen, la pantoufle de vair de Cendrillon, les Bottes de sept lieues ou encore les chaussures rouges de Dorothée dans le magicien d’Oz.

Les artistes se saisissent aussi de ce thème déclinant les chaussures sous tous les angles ou les utilisant pour créer des sculptures cocasses.

Voici quelques exemples

Chaussures en satin rose poudre

Chaussures en satin rose poudre, Anonme

Babies gris bleu

Babies gris bleu, Anonyme

Ballerines jaune paille

Ballerines jaune paille aux grelots, Anonyme

La Victoire de Philippe Pluchart

La Victoire de Philippe Pluchart

Plus de chaussures 

Comment choisir une photographie? Tirage signé vs vintage

Lorsqu‘on veut acheter des photographies contemporaines pour commencer ou enrichir une collection, on se trouve confronté à une question cruciale: tirage signé ou vintage ? L’histoire de la photographie a fait émerger ces deux types de tirage, l’un effectué pour être une œuvre d’art et l’autre pris par des artistes mais au moment ou la photographie n’était pas reconnue comme un art à part entière. Lequel choisir ?

Jusqu’à la fin des années 60, la photographie contemporaine n’a pas de statut d’œuvre d’art, contrairement au cinéma. Les photographes vivent de la vente de leurs photos aux magazines de presse par l’intermédiaire des agences, et touchent les droits d’exploitation qui en découlent. La photo papier utilisée pour réaliser la maquette d’un journal n’a pas de valeur commerciale ni artistique. C’est l’image qu’elle représente et le résultat final dans le journal qui sont importants.

Broodthaers, Hahn et une sculpture de Segal. Photo vintage par Maria Gilissen

Les clichés sont donc tirés rapidement, et sans soins : si des défauts existent ils seront masqués à l’impression du journal. La photo est cornée, pliée, froissée durant la réalisation de la maquette : elle n’a pas de valeur, il n’y a pas besoin de prendre de gants.

Un fois le journal paru, la photo originale est archivée, le nom de leur auteur n’est même pas conservé. Les plus chanceuses reçoivent sur leur verso le tampon de l’agence de presse dont elles émanent.

Quand la photo devient un art

A partir de la fin des années 60 tout change lorsque de courageux pionniers éprouvèrent l’ardente nécessité de donner à l’art photographique le statut qu’il méritait de droit. Il faut ici rendre particulièrement justice à Agathe Gaillard* qui lance la toute première galerie consacrée en Europe à la photographie, à Paris, rue du Pont Louis Philippe.

Homme et enfant, tirage signé par Dominique Issermann

Les photographes continuent de commercialiser leurs photos auprès des agences et exposent les mêmes images dans les galeries mais avec de beaux tirages, effectués avec talent sur des papiers de qualité. Ces expositions et ces tirages sont parfois réalisés bien des années après la parution de la première image dans les magazines de presse.
L’idée que le tirage papier des photographies contemporaines puisse être une considéré comme une œuvre d’art recueille d’abord sarcasme et railleries du grand public. Mais après plusieurs années, les regards sur la photographie changent. Le succès et la reconnaissance venant, ces beaux tirages sont signés et datés par leur auteur, puis numérotés.

La Apparicion en la presa, tirage signé et numéroté par Alberto Ibanez

Mais se pose alors la question du statut des tirages d’usage commercial. Souvent tirés peu de temps après la prise du négatif, ils ont le privilège de l’antériorité sur les tirages « artistiques ». Certes, ces tirages ne sont ni signés ni numérotés et le nombre d’exemplaires exact est inconnu. Certes, ils ont pâti d’un manque de soin, au tirage comme à l’usage. Mais l’aura du vécu les pare d’attraits incontestables.

Le nouveau marché du vintage

Certains agents du marché de l’art s’emparent de ce nouveau marché. Parmi eux ceux qui n’avaient pas eu le talent ni la prescience de promouvoir l’art photographique à la fin des années soixante. Et aussi ceux qui, esthètes et historiens d’art, ont conclu que le seul tirage original était le premier tirage commercial.

Ces acteurs rachètent alors les stocks des organes de presse et des agences de publicité et fournissent un travail colossal de recherche et d’attribution des clichés récupérés. C’est ainsi qu’apparaissent les clichés dits « vintages » dont la cote s’enflamme très vite.

Bip, renversement. Photo vintage par Roger PIc

L’amateur de photographie se trouve donc pris entre deux feux. D’un coté, les galeries qui défendent les tirages sélectionnés et tirés avec soin et pour qui les tirages commerciaux ne sont que des brouillons sans valeur. De l’autre coté, ceux qui soutiennent que seuls les tirages vintage ont une authenticité historique, les autres tirages, quelle que soit leur beauté plastique n’étant que des «  retirages postérieurs ». La rivalité tourne à la bataille ouverte avec des mots très forts allant même jusqu’à l’épithète de «  marchands-voyous ».

Mais la cote des tirages vintage progresse jusqu’à atteindre et parfois dépasser celle des tirages numérotés, datés et signés. Actuellement, la cote des vintages s’est stabilisée, et dans certains cas a commencé à baisser. On commence à avoir le recul nécessaire pour voir un peu plus clair dans cet affrontement.

Tirage signé ou vintage: faut-il vraiment choisir ?

Un titrage de bon aloi, au pedigree parfait – origine de la galerie, etc.- est valorisé au sein d’une collection. En revanche, le vintage est un témoignage incontournable de la vie d’un art et d’un artiste. Lorsqu’on en a la possibilité, il est enrichissant de mixer les deux types de tirage dans une collection, mais de faire attention aux prix.
L’état et la qualité du tirage sont en effet des éléments clés pour en définir le prix : le prix d’un vintage, selon son état, sera donc en général inférieur à un tirage signé.

Dans une collection exhaustive, tirage vintage et tirage signé se répondent et se renforcent. En gardant en pensée que ce qui est vraiment important, c’est le talent, l’œil du photographe. Comme dit Agathe Gaillard : la photographie, c’est ce que le photographe fait !

* Ses souvenirs ont été publiés en avril 2013 et éclairent d’un jour réjouissant et tonique l’aventure qui fut la sienne. Agathe Gaillard. Mémoires d’une galerie. NRF. Témoins de l’Art. Gallimard. Paris. 2013. 165 pages.

Oeuvre d’art de la semaine: Clown blanc sur fond noir de Michel Faublée

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Une tache blanche macule un papier noir, évoquant les célèbres taches du test de Rorschach. Un regard attentif y distingue un clown portant le chapeau conique des « clowns blancs ».

Pourquoi l’aimer?

Le travail de l’artiste s’inspire des terres mêlées et des papiers marbrés. Une extrême habileté a été nécessaire pour faire surgir ainsi de coulées de gouache blanche entremêlées ce visage aux traits figés par le maquillage, avec son immense sourcil charbonneux froncé dans un plissement réprobateur.

Cette oeuvre est emblématique de la fin des années 60, tant par le thème choisi ( le cirque) que par la technique ( les couleurs mêlées ).

 

 

 

Oeuvre d’art de la semaine: L’estuaire d’Henri Daudet

_MG_1006 edUn bosquet d’arbres touffus, planté en bordure d’un champ maraîcher, masque à demi l’estuaire d’un fleuve.

Pourquoi l’aimer?

Ce tableau conjugue une composition sobre et harmonieuse avec une vision originale et toute personnelle des paysages bretons ou vendéens.

L’équilibre des masses de verdure est subtil, et la sombre vigueur de la chênaie est habilement tempérée par les teintes argentées d’un champ de choux montés en graine.

Le ciel aux vastes traînées de nuages mauves guide le regard vers l’eau miroitante. L’homme est absent. Seuls les deux mats de la goélette, légèrement esquissés, et les champs labourés témoignent du labeur humain.

Exposition virtuelle: Autoportrait et portrait d’artiste

Avez-vous déjà été saisi d’un sentiment particulier devant un autoportrait?

Face aux  yeux de l’artiste qui vous fixent, une émotion particulière se produit parfois, un sentiment fugace, différent de ce que l’on ressent devant le portrait d’une personne qui n’est pas liée au monde de l’art, à l’acte de création.

Cette émotion est liée à ce que l’artiste nous livre en se portraiturant ou en faisant faire son portrait par un de ses pairs. Il choisit parmi les différents aspects que peut revêtir l’autoportrait ou le portrait d’artiste.

Voici un aperçu de ces aspects que présente de façon plus approfondie notre exposition virtuelle.

– Donner à admirer  le créateur, l’artiste dans toute sa majesté

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Portrait de Félix Labisse

 Tenter d’inscrire son identité en réaction à un questionnement intérieur:  face au miroir qui donne à voir son double, face à l’âge, face au temps qui passe

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Autoportrait en dualité de Key Mitsuuchi

– Témoigner de la réalité intérieure de l’artiste,  donner à lire sa vérité intérieure

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Braque dans son atelier

– Faire un clin d’oeil au spectateur en peignant les traits de l’humour

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Portrait de Mireille Mailhe par Edouard Pignon

Oeuvre d’art de la semaine: Broodthaers, Hahn et une sculpture de Segal. Par Maria Gilissen

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Le peintre Marcel Broodthaers à gauche et le critique Otto Hahn au milieu joignent leur mains à celles de la sculpture de Georges Segal (moulage du corps du sculpteur).

Pourquoi l’aimer?

Une photo mythique prise par la femme de Broodthaers sur ses indications expresses.

Cette photo est citée et commentée p 49 dans le livre de Deborah Schultz Marcel Broodthaers: strategy and dialogue, 2007. Elle a été publiée, tronquée, dans la revue Phantomas n°51-61 (revue créée par les poètes Noiret, Koenig, et Havrenne).

Cette photo est un manifeste sur le rôle de la critique d’art.
Dans le jeu de mains, Broodthaers, artiste, guide la main du critique Hahn vers celle de la sculpture (elle-même à la fois oeuvre et essence de l’artiste sculpteur). Le critique d’art doit donc se fondre dans l’œuvre qu’il décrit pour que sa critique soit pure et non biaisée par sa propre subjectivité.

Cette photo nous parle aussi de l’inscription de l’art dans le réel.
L’art est un tourbillon qui se nourrit des liens entre l’artiste, le discours sur l’art, la réalité de l’oeuvre, l’être qui a créé l’oeuvre et l’être qui regarde l’oeuvre. Le fait que l’oeuvre soit un moulage du corps de l’artiste rajoute encore une autre dimension à la réflexion.

Le regard de la photographe est enrichi par les liens d’amour et d’amitié qui l’unissent à ses sujets.